Qu'est-ce que l'éco-conception ?

Qu'est-ce que l'éco-conception ?

01 septembre 2022
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Lecture 13 min.

L’éco-conception des produits d’ameublement s’impose, depuis plusieurs années, comme une solution durable pour réduire les impacts environnementaux. Cette approche préventive, méthodique et globale consiste à penser tout le cycle de vie d’un produit, de sa conception à sa fin de vie, en passant par sa fabrication et son utilisation. En agissant à chaque étape, il est possible de limiter les dégâts sur l’environnement.

Chaque étape du cycle de vie du produit a son importance

L’éco-conception est une démarche multi-étapes et multi-critères. En effet, tous les impacts environnementaux engendrés par chaque phase du cycle de vie d’un produit doivent être pris en compte et analysés dès la conception de celui-ci.

À chaque étape ses problématiques

Une fois le produit conçu, la première étape est l’extraction des matières premières et leur transformation via divers procédés en fonction du matériau utilisé et de l’application que l’on souhaite obtenir par la suite. Elle peut notamment soulever plusieurs questions : Quels matériaux choisir ? D’où proviennent-ils ? Quelle méthode d’extraction et de transformation nécessitent-ils ?

L’étape suivante est celle de la fabrication des différentes pièces, de l’assemblage et du transport. On peut notamment se demander : où est situé le lieu de fabrication ? Quelle est la source de l’énergie utilisée ? Comment sont assemblées les différentes pièces ? Quel est le moyen de transport choisi ?

Suit l’étape d’utilisation du produit. Arnaud Mankou, consultant environnement et économie circulaire pour FCBA explique : « l’utilisation d’un meuble n’est pas aussi complexe que celle d’une voiture qui nécessite du carburant pour fonctionner. Pour les meubles, on va prendre en compte son entretien. On peut se questionner sur les produits nécessaires pour l’entretenir ou s’il aura besoin d’être revernis par exemple ».

La dernière étape est celle de la fin de vie du produit. Qu’en faire lorsque l’on souhaite s’en débarrasser ? Lorsque l’on veut s’en séparer, de nombreuses options existent. On peut utiliser les réseaux créés par les éco-organismes, tels que Éco-mobilier et Valdelia, qui se chargent de collecter et de recycler le mobilier professionnel et particulier. On pense aussi à la réutilisation, la revente ou la seconde main. « On peut aussi prendre en compte l’indice de réparabilité du meuble. En bref, il s’agit de toutes les notions concernant l’extension de la durée de vie d’un meuble qui doivent être considérées dans l’éco-conception » ajoute Arnaud Mankou.

 

Tas de meubles

 

Aujourd’hui, FCBA sensibilise les fabricants sur l’importance de produire du mobilier qui puisse être facilement recyclé, en mettant l’accent sur la démontabilité des meubles. En effet, dès sa conception, il est crucial de faire en sorte que ceux-ci comportent le moins de perturbateurs de recyclage afin de faciliter cette étape cruciale. Prenons l’exemple d’une porte d’armoire en bois avec un miroir collé dessus. Si celui-ci ne peut pas être ôté facilement, le panneau en bois ne sera pas recyclé.

Prendre en compte les transferts d’impacts

Avec l’éco-conception, tout est question d’équilibre. Si l’objectif est bel et bien de réduire de façon globale l’impact environnemental du produit en analysant chaque étape de son cycle de vie, il est important de veiller à ce que les améliorations sur l’une des phases ne créent pas d’effets négatifs sur une autre. C’est ce que l’on appelle les transferts d’impacts.

David Legouix, consultant matériaux chez FCBA nous éclaire sur le sujet : « souvent, avec l’éco-conception, on part d’un produit avec le but de l’améliorer en remplaçant le matériau par une version plus green. Cela peut fonctionner, en particulier pour les meubles qui nécessitent des panneaux en bois ou du métal. Dans ce cas, on opte pour des panneaux ou des métaux recyclés. Globalement, en intégrant une matière recyclée dans un produit, il y a de fortes chances que l’on fasse baisser ses impacts environnementaux. Seulement, il faut toujours s’assurer que chaque choix est pertinent. Par exemple, pour un meuble à utilisation intense, troquer un matériau d’origine pour une version biosourcée moins résistante, c’est risquer de diminuer sa durée dans le temps. On réduit donc l’impact environnemental à l’étape du choix des matériaux mais on l’augmente quand il s’agit de la durée de vie du produit. C’est la même chose si le matériau utilisé est plus propre mais nécessite plus d’entretien à grands renforts de produits chimiques ». David Legouix rappelle qu’en matière d’éco-conception, chaque projet est unique.

Comment opérer la transition dans le secteur de l’ameublement ?

Si, du côté des industriels, la notion d’éco-conception est assez récente, la bonne nouvelle, c’est qu’il s’agit d’une démarche plutôt facile à opérer. Pour Benoît Livolsi, responsable de la marque NF Environnement Ameublement, « les produits d’ameublement sont des produits relativement simples, à la différence des produits électriques ou électroniques dont il faut décortiquer les composants. On peut mettre facilement des solutions en place, techniquement et économiquement ».

Prolonger la durabilité des produits et réduire l’utilisation de substances chimiques

Les principaux enjeux sur lesquels il est possible d’agir de façon immédiate du côté des industriels sont la durabilité et l’exclusion de produits chimiques. « Il s’agit de concevoir des meubles réparables, qui donneraient la possibilité plus tard de changer un ou plusieurs composants sans avoir à s’en débarrasser. Quant aux produits chimiques, il est possible d’agir sur ceux utilisés dans la fabrication des composants mais aussi sur les revêtements des produits (vernis, peintures, colles…). Si l’on travaille sur ces deux aspects, on aura déjà fait un grand pas en avant ! », précise Benoît Livolsi.

Repartir de la fonctionnalité du produit

Afin de proposer le travail d’éco-conception le plus optimal, David Legouix estime qu’il est parfois plus pertinent de repartir d’une feuille blanche. En revisitant complètement un produit et ses fonctionnalités, on peut mieux l’intégrer dans son environnement. « Si l’on prend l’exemple de la table, qui existe depuis des millénaires, on vit aujourd’hui dans des espaces différents, parfois très petits, et peut-être faudrait-il que la table puisse se transformer en autre chose ? C’est important de prendre en compte toutes les fonctionnalités du produit et de réfléchir si l’on peut en ajouter, ou pas, selon les usages actuels, plutôt que d’avoir plusieurs produits, chacun dédié à un seul et unique usage », ajoute-t-il.

La durabilité, tous impliqués !

Nous l’avons vu, la durée de vie est l’un des principaux enjeux de l’éco-conception car plus un produit est durable dans le temps, moins son impact sur l’environnement sera important. Seulement, si certains fabricants sont capables de proposer des durées de vie qui peuvent aller jusqu’à 20 ans sur certains produits, les consommateurs s’en débarrassent en moyenne au bout de 5 à 10 ans. Mais alors, que devient ce meuble ? Est-il recyclé trop tôt ? « Ça, malheureusement, ce n’est pas entre les mains des fabricants et des concepteurs. Il s’agit d’un problème plus large de société. Tout ce qui va toucher l’éco-conception ce n’est pas qu’un travail pour les fabricants et les designers, c’est quelque chose qui doit toucher l’ensemble des acteurs, y compris les consommateurs ! », alerte David Legouix.

Quid des emballages ?

FCBA a lancé en 2022 un projet d’éco-conception des emballages des produits d’ameublement. Le programme ECEA a pour but de sensibiliser les acteurs du marché à la réduction progressive d’utilisation des emballages plastiques d’origine pétro-sourcée (polystyrène expansé et films thermo-rétractables). L’objectif de ce programme est d’identifier, tester et mettre en place des solutions pour réduire, recycler et peut-être à terme, supprimer l’utilisation de ces emballages plastiques en ameublement.

Comment se mesure un produit éco-conçu ?

Il existe plusieurs façons d’estimer et rendre compte du degré d’éco-conception d’un produit. Il y a bien évidemment la certification NF Environnement ameublement, mais aussi des labels tels que l’Écolabel Européen, ou Oeko-Tex pour le textile d’ameublement, qui permettent au consommateur de s’y retrouver facilement. « Ils prouvent que le produit a répondu à différents critères d’un référentiel tels que l’approvisionnement de bois issu de forêts gérées durablement à hauteur de 70% en masse pour les panneaux, ou 50% en masse pour les bois massifs », détaille Benoît Livolsi.

Aux côtés de cette démarche qualitative, « il existe des démarches quantitatives qui traduisent la performance environnementale d’un produit selon plusieurs critères. Chez FCBA, nous disposons de référentiels et nous avons développé des outils permettant de positionner le produit sur une échelle, à l’image du Nutri-Score sur les produits alimentaires ou de l’affichage environnemental sur les produits électroniques », ajoute Benoît Livolsi.

L’affichage environnemental pour l’ameublement n’a rien d’obligatoire mais il permet aux fabricants qui le souhaitent de mieux agir à chaque étape du cycle de vie de leurs produits et pour les consommateurs, d’obtenir une information accessible.

Un produit éco-conçu est-il un produit plus cher à la fabrication et à l’achat ?

Malheureusement, pour beaucoup, éco-conception rime avec produits plus onéreux. David Legouix revient sur ce préjugé : « Du côté des industriels, quand l’exercice est bien mené, on peut obtenir des produits aux coûts sensiblement équivalents, voir inferieurs au produit qu’on a modifié. Par exemple, si l’entreprise opte pour des matériaux et des processus de fabrication plus "green", le coût sera bien sûr plus élevé mais si elle fabrique localement, elle économise sur le transport et éventuellement l’écotaxe. À l’instar de l’éco-conception, où l’on va analyser les impacts environnementaux tout au long du cycle de vie du produit, on peut le faire du point de vue économique. Sans oublier que la première piste de l’éco-conception, c’est de réussir à fabriquer le même produit avec moins de matière. »

Par ailleurs, si l’on arrive à augmenter la durabilité du produit et que le consommateur joue le jeu en le conservant plus longtemps, le coût d’achat est amorti. « Consommateurs et fabricants ont parfois tendance à oublier que ce que l’on achète, ce n’est pas forcément l’objet, c’est le service qu’il rend. Un produit peut être plus cher mais s’il remplit plusieurs fonctionnalités ou n’a pas besoin d’entretien, on économise dessus », conclut David Legouix.

Où en est-on de l’éco-conception du côté des fabricants ?

Aujourd’hui, il n’existe aucune obligation réglementaire. Cependant, FCBA accompagne de plus en plus d’entreprises dans ce processus. Si les démarches sont plus ponctuelles pour l’ameublement domestique, on constate une tendance de fond du côté du mobilier professionnel. « Pour tout ce qui est mobilier professionnel, mobilier de bureau et d’éducation, la plupart des industriels localisés en France sont engagés dans la démarche parce que la commande publique intègre des demandes de produits éco-labellisés, NF Environnement ou équivalent. Pour tout ce qui est mobilier domestique, cela dépend des prescripteurs - c’est-à-dire les grandes surfaces qui commercialisent les produits - mais on a un certain nombre d’industriels engagés », détaille Benoît Livolsi.

D’ailleurs, pour les entreprises qui souhaitent opérer la transition, l’ADEME propose une aide financière afin de soutenir les projets de production durable et d’écoconception, d’obtention de l’Ecolabel Européen et d’affichage environnemental.


 

Autrice : Céline 

Agence de communication : Crea Nostra 
creanostra.fr
contact@creanostra.fr

 

 

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Céline
Auteur de cet article : Céline

Journaliste biosourcée

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