C'est quoi, être auditeur ?

C'est quoi, être auditeur ?

06 juillet 2023
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Lecture 13 min.

Si vous faites la démarche de certifier vos produits, vous rencontrerez un auditeur, qui suivra votre dossier tout au long du processus de certification. En quoi consiste son métier ? Pour le savoir, nous sommes allés à la rencontre de Pierre Corlosquet, auditeur à l’Institut technologique FCBA.  

Pierre Corlosquet travaille dans la filière ameublement depuis plus de 20 ans. Il y a une quinzaine d’années, il a rejoint le pôle Ameublement de FCBA et exerce désormais en tant qu’auditeur pour les certifications NF Ameublement, NF mobilier professionnel, NF Environnement Ameublement et GS. En parallèle, il occupe le poste de Responsable de la marque NF Ameublement.

Pierre Corlosquet

Être à l’écoute

Être auditeur c’est avant tout savoir écouter. Tout commence là.  « Auditeur ça vient de « audire », écouter. Être à l’écoute, l’écoute active », explique Pierre Corlosquet. Cette écoute se fait en bonne intelligence. L’auditeur prend les décisions à partir d’un référentiel, il interprète les preuves au regard des règles du référentiel. Il laisse de la marge à l’interprétation en fonction du contexte, et cherche à bien comprendre le fonctionnement de l’entreprise auditée. « Ce n’est jamais noir ou blanc », précise-t-il. « Il n’y a pas deux produits qui se ressemblent. Et donc à partir de normes carrées, il faut savoir faire des interprétations chaque jour. »

Pas de manichéisme, donc ! Mais, dans tous les cas, l’auditeur doit rester impartial. Chacun suit un certain nombre de dossiers et d’entreprises. Le jour où des écarts par rapport au référentiel de la certification sont constatés, l’auditeur doit les mettre en avant. « Il faut être à l’écoute mais il aussi savoir être ferme pour avoir les preuves requises de conformité au référentiel. Et si on ne les a pas, on notifie l’écart ».

La profession est encadrée par des normes et des comportements à respecter, à savoir l’impartialité mais aussi la confidentialité des données. D’ailleurs, le processus de certification est lui-même audité. « En tant qu’organisme de certification, on est nous-même audités par le Cofrac (Comité Français d'Accréditation), qui vient vérifier que l’on fait correctement les choses par rapport à une norme, l’ISO 17065 », précise Pierre Corlosquet.

Au sein de FCBA, tous départements confondus, il y a une soixantaine d’auditeurs. Au pôle Ameublement, ils sont 7.  C’est surtout de leur travail que nous parlons dans cet article ; de ceux qui auditent pour délivrer des certifications produit (versus les certifications de services, de systèmes ou de personnes : cf notre article intitulé La Différence entre labels et marques de certification).

Le rôle de l’auditeur à chaque étape

Le processus de certification dure généralement entre 6 mois et un an. Il se décompose en plusieurs étapes, suivies d’une surveillance. L’auditeur intervient dès la première étape.

Etape 1 : l’instruction du dossier

Avant de pouvoir débuter l’audit, le gestionnaire de dossier ou l’auditeur s’occupe de l’instruction du dossier. Dans le cadre d’une demande de certification pour un nouveau produit, l’auditeur va demander à l’entreprise prétendant à la certification produit d’apporter toutes les preuves dont elle dispose sur le produit. « On établit une check list des éléments qu’il faut pour certifier le produit. S’il manque des preuves, l’entreprise doit faire des essais complémentaires en laboratoire. À ce stade, on n’est pas encore entré dans le processus de certification », résume Pierre Corlosquet.

Les essais complémentaires peuvent être effectués chez FCBA ou dans tout laboratoire accrédité. Les laboratoires accrédités respectent tout un ensemble de critères correspondant à la norme 17025, qui obligent notamment à ce que le sol soit parfaitement plat, à ce que la température et la climatisation soient à un certain niveau, etc…

L’auditeur ne jugera pas recevables des preuves qui viennent d’un laboratoire non accrédité.

Étape 2 : l’audit initial

Dès lors que le dossier est complet, l’analyse de la demande de certification peut commencer avec un audit initial. 

Le meuble doit passer une série de tests en laboratoire, qui sont listés dans le référentiel de la certification. Ces tests peuvent être divisés en deux catégories :

  • Les tests mécaniques : le meuble est testé sur les critères de la sécurité et de la performance. Par exemple, pour un meuble de cuisine, FCBA va vérifier que les portes du meuble résistent à une ouverture ou une fermeture brutale.

  • Les tests sur finitions : le meuble est testé sur sa durabilité. Par exemple, la finition d’une chaise peut être testée sur l’abrasion du tissu, la résistance aux rayures, la résistance des couleurs à la lumière et aux UV, la résistance aux produits qui pourraient être renversés, etc…

Dans le cadre des meubles à monter soi-même, l’auditeur va toujours demander de les recevoir non montés, à plat, afin de les monter lui-même et donc, au passage, de tester la compréhension de la notice. « La notice est très importante, car vous pouvez faire tous les essais que vous voulez, si les meubles sont mal montés, les preuves sont caduques », explique Pierre Corlosquet.

Il faut par ailleurs distinguer produits candidats à la certification et produits modifiés candidats au renouvellement de certification. Pour de nouveaux produits, l’audit initial va consister à analyser si le produit peut prétendre à la certification. Pour des produits déjà certifiés, ce test permet de vérifier si le produit remplit toujours les critères du référentiel. En effet, si l’entreprise fait une modification majeure du processus de production d’un meuble, l’auditeur va étudier dans quelle mesure ce changement remet en cause la certification qui a été délivrée préalablement.

Etape 3 : L’audit de l’entreprise

FCBA mène ensuite un audit de l’entreprise pour pouvoir s’assurer que l’entreprise a les compétences pour maintenir dans le temps ce niveau de qualité sur les produits qu’elle fabrique. L’auditeur vérifie alors que l’entreprise a mis en place un système qualité qui va lui permettre de reproduire le niveau de qualité du produit et, en cas de produits non conformes, de réagir rapidement en commençant par isoler les produits défectueux puis en mettant en place les actions correctives appropriées.

« Au niveau des ressources humaines, on va analyser comment l’entreprise assure un maintien de qualité malgré le turnover du personnel, comment sont recrutées les personnes, est-ce qu’elles sont polyvalentes ? Comment sont-elles formées ?  Est-ce que les intérimaires ne sont pas lâchés dans l’entreprise sans formation finalisée ? Etc. Ensuite, en production, on va vérifier qu’il y a un minimum de procédures, aux différents postes de travail, pour qu’il n’y ait pas de dérives. Les appareils de contrôle sont aussi très importants : mètres, coulisses, thermomètres, balances... Ont-ils été étalonnés ? Enfin, on va regarder la revue de direction : Les entreprises établissent un tableau de bord et font le point sur les SAV, les difficultés qu’elles ont rencontrées avec les fournisseurs, etc... Le tableau de bord est une aide au pilotage de l’entreprise qu’il convient également d’analyser », précise M. Corlosquet.

En vérifiant les process de cette manière, l’auditeur s’assure que le produit est tout le temps bon à partir du moment où il a été estampillé.

A la fin de l’audit d’entreprise, l’auditeur remet un avis, qui sera revu par une tierce partie qui connaît elle aussi le référentiel. Un autre auditeur, en somme. Cela permet aux auditeurs d’avoir un double avis et de « s’étalonner entre eux », pour reprendre les mots de Pierre Corlosquet.

David Verdot (au centre), auditeur FCBA
pour la marque de certification CTB Literie

Etape 4 : le cycle de surveillance

Après avoir reçu la certification de son produit, l’entreprise entre dans le cycle de surveillance. En fonction du type de certification, tous les ans ou tous les 6 mois, des audits, des prélèvements et des essais vont être organisés pour s’assurer de la continuité de la certification.

Pour Pierre Corlosquet, la métaphore est celle d’une photo et d’un film, autrement dit d’une image fixe versus des images en mouvement. « En laboratoire, le produit est bon à l’instant t mais la valeur ajoutée de l’audit est de s’assurer que le film est bon. En allant au minimum tous les ans en audit technique, on va s’assurer qu’il n’y a pas eu de modifications de conception du produit, que les process sont toujours bien maîtrisés, etc… ».

Entretemps, si la fabrication du produit a été modifiée, l’auditeur va vérifier que cette modification ne remet pas en cause la certification. « On doit valider toutes les modifications. Les modifications mineures peuvent être validées de façon documentaire. Les modifications majeures - par exemple, le changement d’une charnière ou d’une coulisse -, nécessitent quant à elles de nouveaux essais en laboratoire ». Dans ces cas-là, il faut pouvoir l’anticiper.  « Si l’essai n’est pas bon, il faut refaire une modification de conception. Donc il y a toute cette phase où les entreprises doivent anticiper la procédure de certification avant de généraliser le changement en production. » Ce besoin d’anticiper est facilité par la relation de confiance qui s’installe entre l’auditeur et l’entreprise au fil des années.

Si jamais le produit a évolué ou ne remplit plus les critères du référentiel de la certification, l’auditeur a alors le rôle de préciser les écarts pour caractériser les points à corriger.

Un métier où l’humain est important

La rencontre et les discussions qui émanent de l’audit : voilà l’une des choses que Pierre Corlosquet apprécie le plus dans son métier !

« Finalement, être auditeur, c’est un peu comme être intervieweur », me confie-t-il. Lui aussi, il pose des questions. Il aime interroger ses interlocuteurs, découvrir des univers différents, s’intéresser au-delà du cadre de la certification lorsque les chefs entreprises souhaitent l’y emmener.

« Les discussions avec les chefs d’entreprises sont très intéressantes. Hors référentiel, au café ou autre, ils me font part de leurs difficultés. Je trouve ça très enrichissant au niveau professionnel et même personnel. J’ai vraiment beaucoup de respect pour ces chefs d’entreprise qui ont, à leur niveau, la volonté d’aller de l'avant, en créant et en montant parfois tout, tout seul, au début, avant de bien s'encadrer une fois que l'entreprise a décollé... Ce travail d'audit terrain est enrichissant car il permet de rester en contact direct avec des problématiques nombreuses et très concrètes. J’en apprends encore tous les jours ! ».

Mon interview avec Pierre Corlosquet s’est terminée par ces quelques mots touchants, emprunts d’humilité et de respect. Moi aussi, je viens de découvrir de nouveaux horizons en apprenant en quoi consistait véritablement le métier d’auditeur. Et j’espère que ça a été aussi le cas pour vous !

À bientôt pour un prochain article,

Aurélie

Agence de communication : Crea Nostra
creanostra.fr
contact@creanostra.fr

 

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Une Belge qui a la frite

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