Architect@Work :<br> cocorico !

Architect@Work :
cocorico !

04 octobre 2022
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Lecture 13 min.

Les 22 et 23 septembre 2022, la 15ème édition du salon Architect@Work a pris ses quartiers au Paris Event Center. Bien entendu, FCBA était là ! Durant 2 jours, 260 industriels ont présenté plus de 800 nouveaux produits aux architectes, architectes d’intérieur et agenceurs venus nombreux. Un rendez-vous atypique, très apprécié par les professionnels, placé cette année sous le thème « synergies ». Un thème riche de sens et de promesses que nous décortiquons pour vous grâce aux éclairages de nos experts.

 

Le « made in France » à l’honneur

À travers cette « synergie » qui anime le salon Architect@Work cette année, se trouve la volonté de rendre hommage à la créativité française et à tous les acteurs qui concourent à la réussite d’un projet. L’objectif est bel et bien de mettre en avant le travail d’équipe : collaborations, réflexions partagées au sein des agences d’architectes ou avec les responsables de maîtrise d’ouvrage, échanges avec les industriels porteurs de solutions techniques ou encore avec les structures accompagnatrices, bref, la synergie sous toutes ses formes.

À l’origine de ce thème fédérateur, se trouve l’Innovathèque, une bibliothèque de matériaux innovants portée par l’équipe Innovation de l’Institut technologique FCBA. Sur le salon, la matériauthèque présente une sélection d’innovations matériaux, procédés et systèmes 100 % made in France via une exposition, financée par le CODIFAB, baptisée COCORICO, innovations locales, résilience globale. Léa Collette-Germier, consultante design et matériaux au sein de l’Institut technologique FCBA, membre du comité technique de sélection du salon et responsable de l’exposition, explique : « c’est d’abord nous, l’Innovathèque, qui annonçons notre thème et c’est à partir de celui-ci que le thème du salon est défini ». Elle continue : « synergie, c’est une pensée systémique pour moi et c’est ce que l’on retrouve dans « Cocorico » puisque l’on met en valeur des innovations françaises à travers des entreprises qui conçoivent en France, promeuvent le savoir-faire local, utilisent des déchets locaux, les transforment sur place et les vendent ensuite en circuit court. C’est penser ce réseau-là à une échelle humaine. C’est une réponse à la mondialisation pour montrer qu’un autre modèle est possible et c’est un sujet qui est au cœur des préoccupations des Français depuis la pandémie. On s’est rendu compte qu’on atteignait parfois une limite et que l’on a besoin de faire appel à nos sociétés implantées sur le territoire ».


En effet, produire français c’est assurer une meilleure gestion des ressources utilisées et des modes de fabrication pour garantir la qualité des produits fabriqués. C’est aussi ne plus dépendre de problèmes d’approvisionnement, encourager la relocalisation des entreprises et optimiser la logistique entre les sites de fabrication et de commercialisation afin de réduire l’empreinte carbone du produit final. Et bien évidemment, c’est valoriser l’emploi industriel et artisanal, préserver et revaloriser des savoir-faire artisanaux, augmenter l’implantation de nouvelles sociétés sur le territoire et mettre à l’honneur les innovations technologiques françaises.

Pour rappel, lorsqu’un produit est estampillé « Made in France », c’est la preuve qu’il a été manufacturé en France mais aussi, qu’au moins 45% du prix de revient unitaire est acquis en France ou que la dernière étape de « transformation substantielle » est réalisée sur le territoire français. Le marquage de l’origine d’un produit non-alimentaire n’étant pas obligatoire en Europe, il existe des labels et certifications pour guider le consommateur dans ses choix, comme la certification Origine France Garantie délivrée par l’Institut technologique FCBA. 

 

Les matériaux à plus faible impact environnemental : une tendance qui s’installe durablement

Au-delà du « made in France », les prescripteurs demandent « des matériaux à impact environnemental réduit » lance Léa Collette-Germier, avant d’ajouter : « il y a une véritable prise de conscience environnementale qui s’instaure et qui progresse ». Une tendance confirmée par Anouk Abécassis, architecte d’intérieur qui fréquente le salon chaque année. « Ma première question quand j’aborde les exposants est : « c’est fabriqué où ? » Ce qui m’a beaucoup plu cette année, c’est qu’il y a beaucoup d’entreprises engagées dans un schéma d’économie circulaire. On peut changer certaines pièces d’un produit sans avoir à le remplacer entièrement. Par exemple, la marque belge Verimpex Matting – qui fabrique des tapis d'entrée à partir de vieux filets de pêche ou de vieux vêtements – propose de simplement changer la languette de moquette abîmée sur son tapis sans avoir à tout remplacer pour remettre à neuf le produit. J’ai aussi croisé un fabricant de robinets belge, RVB, une entreprise familiale qui collecte les copeaux de laiton issus de la fabrication de leurs robinets et les renvoie en fonderie pour fabriquer de nouveaux produits », raconte-t-elle.

 

Et côté design, quelle est la tendance ?

L’évolution des matériaux et de l’origine des matières premières est synonyme d’une nouvelle esthétique comme l’explique Léa Collette-Germier : « on met de plus en plus en valeur des matériaux à l’esthétique recyclée assumée, c’est à dire irrégulière, avec une granulométrie différente ou des variations de couleur. On sort de l’esthétique minimaliste, standardisée, épurée des années 2000-2010 pour aller vers quelque chose de plus hétérogène. C’est toute l’histoire du matériau qui est visible et qui est retranscrite visuellement par son esthétique ».

 

Visite de la matériauthèque d’Architect@Work 

En effet, durabilité ne rime pas avec morosité comme nous avons pu le constater dans la matériauthèque présentée sur le salon que nous a fait visiter Léa Collette-Germier. « Nous avons extrait un échantillon de notre matériauthèque physique basée dans notre siège social à Champs-sur-Marne qui contient plus de 2000 références de matériaux, procédés et systèmes. Cette matériauthèque nous permet de référencer toutes les caractéristiques techniques d’un matériau mais aussi de mettre en relation les sociétés que nous accompagnons dans leur recherche d’innovation de matériaux avec des entreprises capables de répondre à leurs besoins ».

Pour cette édition, la responsable de l’exposition a décidé de présenter 42 innovations référencées dans la matériauthèque de FCBA mettant en avant « des sociétés françaises qui développent des produits avec une conscience environnementale : ils sont soit biosourcés, soit issus du recyclage. C’est vraiment une demande prépondérante sur le marché et qui prend de plus en plus d’ampleur » explique-t-elle. Zoom sur 5 matériaux innovants : 

Le Tissium - Maximum Studio

Le Tissium est un tout nouveau matériau constitué à 70% de fibres recyclées issues de vêtements en fin de vie, associées à une résine thermodurcissable, habituellement enfouie faute de technologie capable de la valoriser. « Ces panneaux ont une résistance mécanique élevée. À terme, ils pourraient être utilisés comme élément de structure à part entière » explique Léa.

 

Le papier Mycète - Atelier Sumbiosis

Ce matériau d’avenir biosourcé est constitué de chutes de papier et de mycélium, un champignon. « Celui-ci va croitre et prendre la forme du moule avant d’être stabilisé thermiquement pour arrêter son développement. Lors de sa croissance, des substrats agroindustriels sont déposés dans le moule que le champignon va phagocyter pour former une sorte de colle naturelle » détaille Léa Collette-Germier. On peut notamment en faire des panneaux acoustiques ou isolants ou encore l’utiliser dans les packagings pour remplacer tous les calages en polystyrène. « C’est totalement naturel et biodégradable en fin de vie, c’est donc un excellent matériau d’avenir qui peut être produit partout, sans énergie, et à base de déchets » conclut Léa.

 

La Scalite - Scale

Cette matière totalement biosourcée se compose à 100 % d’écailles de poisson, des co-produits de la pêche et de l’aquaculture non valorisés. Les écailles sont composées d’une phase minérale, l’hydroxyapatite, et d’une phase organique, le collagène. Une fois l’hydroxyapatite extraite, elle est associée au collagène pour former une poudre 100 % biosourcée qui est ensuite compressée pour former des plaques, sans avoir besoin d’ajouter un quelconque liant. Présenté sous formes de carreaux colorés, on peut par exemple l’utiliser en plan de travail.

 

Anga

Il s’agit de plaques en plastique recyclé issu de films pour palettes de livraison, sacs et emballages en PEBD. « La société Anga propose des effets marbrés originaux. Ces plaques sont uniques et dépendent chacune des déchets et de la manière dont ils sont placés à la compression. C’est cette fameuse nouvelle esthétique, hétérogène, que l’on ne peut pas standardiser. On se rapproche des matériaux naturels car quand on commande du marbre, on ne peut pas commander les marbrures comme on le souhaite » détaille Léa. Bien entendu, la matière finale est recyclable en fin de vie.

 

Le Cofalit - Inertam

Ce matériau est issu des déchets toxiques ultimes comme l’amiante. Une fois vitrifiés, c’est-à-dire chauffés à très haute température, ils se transforment en une matière minérale totalement inerte. « On rend un matériau dangereux totalement non toxique, non impactant d’un point de vue environnemental et pour la santé humaine, et on le bonifie esthétiquement. On peut le retrouver en carrelage, en revêtement de poêle et en radiateur car c’est un matériau réfractaire et donc intéressant au contact de la chaleur » précise Léa.

 

Quels sont défis à relever pour les architectes d’aujourd’hui et de demain ?

Selon Léa Collette-Germier, pour un avenir plus vert et plus durable, « les architectes ont leur rôle à jouer. C’est à eux de se positionner et d’être prêt à dépenser un tout petit peu plus cher dans un produit qui est conscient et fabriqué de manière locale. C’est la démarche que l’on retrouve dans toute la société aujourd’hui, celle d’être consom’acteur et non pas simplement consommateur en prenant conscience que chaque choix a un impact ».

Pour Mathilde, étudiante en design d’espace, « c’est évidemment de travailler avec des matériaux plus propres et de commencer par réhabiliter ce qui existe déjà plutôt que de produire du neuf. C’est important de penser chaque projet dans sa globalité. Un exemple concret : sur Architect@Work, il faut penser l’après salon et se demander ce que l’on va faire de tout ce qui se trouve ici. C’est toutes ces petites choses-là qui permettent de changer la donne ».

Pour conclure, Anouk Abécassis rappelle que l’un des enjeux d’avenir pour les architectes est de « désacraliser le métier. Il est important de se rappeler que l’on est au service des gens. On est là pour faire leur bonheur. Et on l’a vu avec le Covid en étant enfermés chez nous, l’intérieur c’est hyper important pour le bien-être »

…Des points de vue et des préoccupations qui promettent de belles synergies !

 

Autrice : Céline 

Agence de communication : Crea Nostra 
creanostra.fr
contact@creanostra.fr

 

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Céline
Auteur de cet article : Céline

Journaliste biosourcée

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